Prévenir les risques
Se protéger autrefois
Sous l’Ancien Régime, face aux risques naturels, les moyens mis à la disposition de la population sont souvent dérisoires. A l’approche d’orages menaçants, la communauté cannoise finance sur ses propres deniers l’emploi de sonneurs de cloches chargés de les dissiper.
Lors d’épisodes de sécheresse, celle-ci n’a parfois d’autre recours que celui d’implorer le divin pour faire tomber la pluie. Afin de remédier à la pénurie d’eau quand l’unique fontaine de la ville se tarit, des réparations sont faites aux conduites et aux aqueducs obstrués ou détériorés, des puits sont creusés et des réservoirs d’eau créés. La mise en service du canal de la Siagne, inauguré en 1868, puis celui du Loup en 1912, garantit l’approvisionnement durable de la ville en eau potable, favorisant ainsi son développement. Au XXe siècle, les réservoirs modernes ainsi que la construction du barrage de Saint-Cassien complètent le dispositif existant.
Vue de Cannes depuis la Croix-des-Gardes, vers 1870
Ile Sainte-Marguerite, une allée de pins, sans date.
Contre le risque incendie, le débroussaillement apparaît très tôt comme le seul remède efficace mais il reste inégalement pratiqué par les propriétaires. Face à la recrudescence des incendies, l’emploi du feu est par conséquent réglementé : il est interdit à l’intérieur et à moins de deux cents mètres de tous bois, forêts ou landes peuplés de bois morts aux périodes les plus sèches de l’année (comprises entre avril et septembre). En 1884, le préfet des Alpes-Maritimes officialise les Brigades ambulantes dans les Alpes-Maritimes créées quelques années plus tôt, composées de gardes domaniaux dont la tâche essentielle est de surveiller les forêts. La loi dite des « Maures et de l’Estérel » du 19 août 1893 préconise l’emploi des techniques de tranchées pare-feu et de contre-feu. Le classement à risque du massif forestier cannois dans le cadre de la loi du 26 mars 1924 marque un tournant dans la protection des forêts contre l’incendie (227 hectares concernés). Cannes devient alors l’un des cinq centres de secours du Département dont la zone d’intervention s’étend aux communes environnantes (Le Cannet, Mougins, Mouans-Sartoux, Théoule, Mandelieu, Pégomas, La Roquette-sur-Siagne). Néanmoins, le matériel et les sauveteurs manquent cruellement, les moyens de repérer les incendies sont insuffisants. A partir des années 1960, la politique de prévention et de protection se renforce sous l’égide de l’Office national des forêts : chantiers harkis et construction d’un réseau de points d’eau sur l’île Sainte-Marguerite, création de pistes viabilisées pour les véhicules de secours, baptisées défenses de la forêt contre l’incendie (DFCI).
Suite aux incendies qui ont ravagé les environs de son territoire (des forêts privées en majorité), la municipalité propose d’étendre la zone de protection jusqu’à Biot puis invite Vallauris à créer une tranchée pare-feu de 40 mètres de largeur pour entraver la marche du feu.
Le nouveau code forestier entré en vigueur en 1952 avance la date d’interdiction au 15 février suite à la recrudescence d’incendies.
Face aux inondations, des aménagements destinés à maîtriser les vallons et leurs affluents sont entrepris dès le Moyen Age. Au XVe siècle, les moines de Lérins construisent un premier barrage sur la Siagne, en aval d’Auribeau, puis un canal, aménagé pour irriguer les cultures de la plaine. Ponts, digues, murs et radiers sont édifiés au fil du temps pour traverser, contenir ou dévier les cours d’eau. A partir des années 1830, l’essor de la ville s’accompagne d’aménagements urbains parfois réalisés au détriment du bon écoulement des eaux pluviales jusqu’à la mer. A certaines sections, les vallons sont déviés, exhaussés, leurs débits réduits. Il faut sans cesse réparer les ouvrages car ils résistent mal à la force des ruisseaux transformés en torrent lors de violents orages.
La protection contre le risque relève le plus souvent des habitants ou des propriétaires, généralement regroupés en associations. A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, une approche scientifique, soutenue par un volontarisme d'État, conduit à la recherche d'une plus grande maîtrise des phénomènes et de leurs conséquences.
Afin de réduire l'impact des inondations et se protéger, des solutions durables, basées sur l’innovation, sont recherchées. Des études hydrauliques sont confiées à des ingénieurs pour mieux connaître le régime des eaux en vue d’y apporter des améliorations. Des règlements voient le jour pour obliger le curage des vallons et le maintien de leurs lits à des largeurs déterminées, mais ils restent peu respectés.
Pétition de plusieurs propriétaires cannois se plaignant de dommages occasionnés par les inondations du torrent de la Frayère et réclamant des mesures préventives.
Les lignes de délimitation du lit normal, sur les deux rives du ruisseau présenteront en plan les alignements et les courbes de raccordement ; les murs de défense ou de clôture qui seront exécutés par les propriétaires riverains du ruisseau du Riou ne devront pas dépasser les alignements fixés en rouge sur le plan.
La plaine de Laval était autrefois composée de marais. La Siagne débordait aux moindres crues et les eaux stagnantes rendaient cette contrée insalubre. Sa configuration explique cela : à l'ouest le ruisseau de l'Argentière qui sort de l'Estérel, à l'Est les "Frayères" qui passent par les collines du Puits et du massif de la Croix-des-Gardes, enfin, par les alluvions de la Siagne pour sa partie principale. Depuis les années 1820, " de nombreux drainages ont facilité l'écoulement des eaux, (la zone) présente une sécurité complète en matière d'hygiène " indique le Courrier de Cannes le 14 août 1882.
A partir des années 1930, la lutte s’organise à l’échelon intercommunal : en 1933, un premier syndicat de défense contre les inondations de la Siagne groupant les communes du bassin versant de la Siagne est formé (Cannes, Mandelieu, Pégomas et la Roquette-sur-Siagne).
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les grands projets urbains marqués par la création d’infrastructures (autoroute A8, agrandissement de l’aéroport), de logements et d’équipements collectifs s’accompagnent d’études préliminaires des vallons (débits, pentes, superficies des bassins versants). Les inondations du 8 octobre 1947 rappellent la vulnérabilité de La Bocca à l’ouest de la ville et déclenchent le vote d’aménagements urgents à mener dans un contexte de pénuries.
Dans le cadre du Ve Plan d’équipement et de modernisation (1966-1970), un programme de renforcement et d’extension du réseau d’assainissement de Cannes intègre une opération de couverture des vallons.
D’importants travaux sont lancés et se poursuivent jusqu’à la fin des années 1980 : la Foux du boulevard de la République (1959-1965), avenue Camp Long (1966-1967), vallon du Chataignier (1962-1987), vallon de la Maïre (1947-1974), vallon de la Roquebillière (1949-1986), vallon de la Frayère (1962-1987). Un vaste chantier d’endiguement de la Siagne est aussi engagé pour apporter des solutions durables aux inondations de La Bocca.
Délibération du conseil municipal, séance du 6 décembre 1947.
Après les inondations exceptionnelles du 8 octobre 1947 à La Bocca, d’importants travaux sont décidés pour améliorer l’évacuation des eaux pluviales vers la mer. En effet, le déboisement des collines et l’urbanisation réduisent l’absorption du sol, provoquant des crues plus soudaines dans les ruisseaux. De plus, le remblai du chemin de fer, proche du rivage, empêche la création de nouveaux exutoires.
En 1973, les marinas de Cannes sont édifiées à la place de l’hippodrome.
Prospère au Moyen-Age (même par la riziculture), insalubre et désertée ensuite jusqu’au début du XIXe siècle, la basse plaine de la Siagne est marquée aujourd’hui par l’importance des activités agricoles mais aussi par l’existence de zones d’activités artisanales et/ou industrielles. En bordure de la mer, les transformations du rivage sont liées au tourisme : remblais, ports de plaisance, aménagement d’un golf.
Contre les tempêtes, pêcheurs et capitaines de navires réclament dès le XVIe siècle la construction d’un port destiné à protéger leurs activités. Sans môle, la baie de Cannes exposée aux coups de mer de l’est et du sud-ouest, est le théâtre de funestes et coûteux naufrages. La construction d’un môle s’avère d’autant plus nécessaire que les commerçants grassois ont besoin d’un port pour exporter leurs produits vers les grandes villes françaises et étrangères. C’est l’économie de la région qui est en jeu. L’intervention de Lord Brougham met un terme à près de trois siècles de vaines réclamations. En 1843, Cannes a enfin son port équipé dix ans plus tard d’un phare. Complètement ouvert à l’est, le port reste exposé aux dangers des vagues mais aussi à l’ensablement. Des travaux d’amélioration destinés à sécuriser la rade sont menés : en 1897, une première jetée de 260m prolonge le port et en 1903, la jetée Albert-Edouard fait barrage aux vents d’est. A partir de l’entre-deux-guerres, tout le long du bord de mer, à vocation touristique, des jetées, des digues et des épis rocheux s’érigent pour protéger des coups de mer les ports, les plages et leurs installations.
Plan de partie du village de Cannes situé sur la plage vis-à-vis l’isle Sainte-Marguerite avec les détails du môle à construire pour mettre au mouillage les bâtiments de commerce à l’abri des vents du sud et du sud-ouest et garantir les maisons d’être enlevées à la mer, 1774
Suite au tragique naufrage du paquebot La Normandie le 17 février 1875, la Société centrale de sauvetage des naufragés à Marseille fait installer sur l’île Saint-Honorat un porte-amarres, appareil de sauvetage destiné à harponner les navires en perdition. Les moines, formés au maniement par la brigade des douaniers d’Antibes, sont seuls habilités à le faire fonctionner. En 1934, un comité de sauvetage est créé à l’initiative de la municipalité. Des armateurs cannois mettent à disposition du nouveau comité personnel et matériel. Les vedettes des compagnies Estérel ou Chanteclerc font office de bateaux sauveteurs.