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La Grande guerre (1914-1918) vue de l'arrière

Lettre du 13 septembre 1916

Lettre du 13 septembre 1916
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(cote 67S24)

Lecture par M. Grégor DARONIAN, comédien, ancien étudiant de l’ERAC.
Mots clés : équipement, description des combats

Hôpital C. Pavillon Dégénettes, 3e divion, Salle XV, Chaumont, Haute Marne

 

Le 13 septembre 1916, 

Bien chers parents,

 

Je mets de nouveau main à la plume pour vous raconter un peu mon ancienne et triste vie. A présent que je suis reposé et remis de toutes mes émotions, voici les souffrances passées.

Comme nous étions au repos à Epuse (?) nous avons eu une revue passée par le général de division. Il nous a trouvé tous forts et roses, bons à supporter une attaque à Verdun.

Le 29, on nous fait les distributions de vivre de réserves, compris biscuits boites de conserves, cartouches, etc. Le 30 à 3 heures du matin, réveil. On mange une bonne assiette de soupe, un quart de vin, café et nous nous préparons pour partir. Nous embarquons à 2 km du patelin, en auto. Enfin, après avoir parcouru bien des kilomètres, passés dans bien des pays, nous passons dans mes anciens pays de Souilly. Enfin, on arrive à Nixéville où on débarque ; on nous mène dans les bois où des baraques étaient dressées, on prend place dans ces baraques où se trouve la redoute de Blercourt.

On quitte ces parages à 6 heures du soir et sous la pluie qui tombe, on arrive enfin à Verdun. On nous mène directement à la citadelle. Là, la pluie tombait de plus fort en plus fort, on stationne de 8 à 10 heures du soir, car le 103e avait pris place. Enfin, le 103e quitte la citadelle à 10 heures et on prend leur place. Mouillés comme des poules, on grelotte comme des chiens, mais on s’endort tout de même.

Le lendemain 31, un peu de soleil apparaît, on étend notre linge mouillé, puis les distributions commencent. Un bidon de 2 litres, une musette supplémentaire, 2 sacs à terre, 2 boules de pain, 3 boites de conserve, fromage, 200 cartouches, 3 grenades, 1 fusée éclairante et bien d’autres choses.

Puis, on fait monter nos sacs, tout ce qui ne sera à rien on le fourre dedans. On garde la couverture et sacs de terre. Enfin, à 7 heures on se prépare, on roule notre couverture en sautoir, on s’équipe et on part. Vous n’avez pas besoin de me demander si les musettes et le reste tirait les épaules. Nous passons à Belleville, contournons le fort et arrivons à la côte Froide Terre à 11 heures. Là, on nous place dans la tranchée, sans abris, sans rien. On peut se coucher. On commence par faire un trou dans le parapet et on s’endort. Le bombardement battait son plein, mais on était en réserve.

Le 1er, le 2e au soir, à 10 heures, descendons à la redoute de Froide Terre. Le lendemain à 3 heures le

102e d’infanterie attaque. Le bombardement n’avait pas cessé depuis le 31. A 4 heures recevons ordre de se porter derrière le 102e comme soutien. Il faut traverser coûte que coûte le ravin de la mort, un tir de barrage que les bôches avaient commencé depuis 2 jours ne voulait ralentir. On part, on dévale la pente, mais les obus tombaient toujours.

Là, avec résolution, on court comme on peut. Les hommes tombaient, ça et là, blessés, tués, mais on courait toujours. On était presque à bout de souffle, le cœur serré, on arrive enfin vers la côte. On prend place dans plusieurs trous d’obus, mais on était à l’abri. 20 heures au soir, sommes relevés par le 5e et 6e bataillon. Nous redescendons à Froide Terre, avec une pluie terrible, pas moyen de se tenir debout. Chaque pas qu’on faisait on dégringolait dans les trous d’obus, nous étions lamentables, de la boue jusqu’aux oreilles, et on arrive enfin dans notre ancien boyau à 11 heures, puis il faut aller à la soupe. On s’appuie encore 2 kilomètres. Le lendemain 5, on part pour aller relever un bataillon du

102e à l’ouvrage de Thiaumont. La mitraille tombait, une nuit noire. Un froid terrible. On commençait bien. Le 6, le 7, le 5e bataillon attaque, les obus qui ne cessait de dégringoler, on ne savait où se former, on croyait tous y rester. Le 8, les 2 bataillons remettaient ça. Tout le monde était blotti dans son trou, nous avions eu des blessés en masse. Les caporaux presque tous blessés, le chef de section me passe le commandement de la 7e escouade. Puis il me donne ordre de veiller. C’est 2 heures de l’après-midi. La jumelle pendue au cou, le périscope à la main, je guettais. Les obus sonnaient à droite à gauche, devant et derrière. Les blessés se faisaient nombreux. Enfin voilà que vers 4 heures, le sergent est emporté par un obus, la patte lui est arrachée par un éclat, une blessure à la tête et personne ne voulait le toucher. Tout le monde s’effrayait devant sa blessure. J’appelle un camarade qui est solide, je lui commande un pansement, une toile de tente, on l’enlève de l’endroit où il se trouvait. Il n’y avait pas 10 mètre que nous l’avions enlevé un 158m tombe juste à l’endroit. On l’avait placé dans un coin assez tranquille, puis je lui ai fait un pansement à la tête et un au pied, nous le couvrons de nos couvertures et on reprend nos places dans les trous. J’avais fait une force du

Correspondance d’Hervé Lambert – Archives de Cannes – 67S Page 71 diable pour l’enlever, mais rien d’anormal ne s’était présenté. Le lendemain 9, le pied droit me faisait un mal terrible. Je défais ma chaussure dans un moment d’accalmie, mais pour la sortir, impossible.

Le soir arrive, je demande à aller voir le major. Enfin, j’arrive clopin clopant. Le major ne peut sorti mon soulier. Il me donna ordre de rester avec lui et me reposer. Le lendemain 10, il me fit un massage à l’huile camphrée puis il m’évacua. Suis parti au poste de secours à 10 heures du soir en auto, on m’avait expédié à l’ambulance ¼ mais je n’y suis resté qu’une nuit. Le lendemain matin, on m’a de nouveau expédié à Vadelaincourt, où on m’avait mis parmi les éclopés, mais à Saint Dizier, une visite nouvelle : on m’a dressé parmi les blessés. Etapes. Nous sommes partis de Saint Dizier vers

10 heures et sommes arrivés à Chaumont le lendemain à 8 heures. Ici, suis assez bien des massages, des bains, d’eau tiède et assez bonne nourriture, mais encore mieux le plumard. Enfin, après plusieurs jours, et que je désire sortir, j’aurais ma permission de 7 jours et aurais le bonheur d’être parmi vous pour quelques jours.

Enfin, voilà mes quelques jours de souffrance terminée et pour le moment le bonheur.

Je termine et remplis ma lettre des plus étroites embrassades.

 

Votre fils Hervé

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